Acheter une voiture en 2026 pour la garder dix ans soulève une question très concrète : pourra-t-on encore rouler avec un moteur essence ou diesel en 2035 ? La réponse dépend de la différence entre fin de vente du neuf, circulation des véhicules existants, marché de l’occasion et restrictions locales comme les ZFE. Je fais le point sur les règles européennes, les carburants, les coûts d’usage et les choix réellement pertinents pour un automobiliste français.
En 2035, le moteur thermique ne disparaîtra pas des routes françaises
- Vente du neuf : l’objectif européen actuel prévoit 100 % de réduction des émissions de CO2 pour les voitures neuves à partir du 1er janvier 2035.
- Voitures déjà immatriculées : elles pourront continuer à circuler, être entretenues et revendues, sous réserve des règles locales.
- Révision en cours : une proposition de la Commission européenne envisage une cible de 90 % avec des crédits liés aux carburants renouvelables et à l’acier bas carbone.
- ZFE et Crit’Air : les restrictions de circulation peuvent arriver bien avant 2035 dans certaines agglomérations.
- Coût d’énergie : à 12 000 km par an, l’électricité peut coûter nettement moins cher à l’usage que le gazole, selon le mode de recharge et les tarifs.
Ce que change réellement l’échéance de 2035
La règle européenne adoptée en 2023 fixe un objectif de 100 % de réduction des émissions de CO2 des voitures et utilitaires légers neufs à partir de 2035. Il s’agit d’une norme appliquée aux émissions moyennes des véhicules vendus par chaque constructeur, et non d’une obligation de mettre à la casse les voitures déjà présentes dans les garages.
Dans la pratique, ce cadre doit faire disparaître progressivement les voitures neuves essence, diesel et hybrides émettant du CO2 à l’échappement du marché européen. Les modèles électriques à batterie et à hydrogène sont les solutions les plus directement compatibles avec cette trajectoire. Un véhicule hybride rechargeable n’est pas automatiquement considéré comme zéro émission, puisqu’il peut fonctionner avec son moteur thermique.
Le calendrier n’est toutefois pas totalement figé sur le plan politique. En décembre 2025, la Commission européenne a présenté une proposition qui ramènerait la cible de 2035 à 90 % d’émissions en moins. Les 10 % restants pourraient être compensés par des crédits liés à certains carburants renouvelables ou à l’acier bas carbone produit dans l’Union.
En 2026, cette modification reste une proposition en discussion, pas une nouvelle règle définitivement applicable. Je conseille donc de distinguer les annonces politiques du droit effectivement adopté. Pour un acheteur, la référence la plus prudente reste encore l’objectif européen de 100 % prévu par le règlement en vigueur.
Les carburants de synthèse ne prolongeront pas forcément le thermique classique
Les e-fuels, ou carburants de synthèse, sont produits à partir d’hydrogène et de carbone capté. Leur intérêt théorique est de permettre à un moteur thermique de fonctionner avec un carburant dont le bilan carbone pourrait être beaucoup plus faible, à condition que la production utilise une énergie décarbonée.
Le problème est leur coût de fabrication et leur disponibilité limitée. Même si le futur cadre européen leur accorde une place, cela ne signifie pas que toutes les stations-service françaises en proposeront à un prix abordable. Il serait risqué d’acheter aujourd’hui une voiture uniquement sur la promesse d’une exception réglementaire encore incertaine.
Ce qui restera possible pour les voitures déjà en circulation
La fin des ventes de voitures thermiques neuves ne constitue pas une interdiction générale de conduire. Une voiture essence ou diesel immatriculée avant 2035 pourra continuer à rouler si elle respecte les obligations habituelles, notamment le contrôle technique, l’assurance et les règles de sécurité.
Elle pourra également être vendue sur le marché de l’occasion. C’est un point souvent mal compris : le calendrier européen vise d’abord les véhicules neufs. Il ne prévoit pas, à lui seul, de retirer tous les véhicules thermiques des routes françaises en 2035.
La vraie limite viendra plutôt de l’usage local. Dans une zone à faibles émissions, la vignette Crit’Air et les décisions de la collectivité déterminent les véhicules autorisés. Selon Service-Public.fr, les règles varient d’une agglomération à l’autre et certaines grandes villes restreignent déjà la circulation des véhicules Crit’Air 3, 4 ou 5.
| Situation | Ce qui devrait se passer | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Voiture thermique déjà possédée | Circulation et entretien encore possibles | ZFE, Crit’Air, contrôle technique |
| Voiture thermique d’occasion | Revente et achat possibles | Valeur future et accès aux centres-villes |
| Voiture thermique neuve après 2035 | Très probablement exclue du marché classique selon le droit actuel | Évolution de la réglementation européenne |
| Modèle hybride ou e-fuel | Éligibilité dépendante du texte final | Ne pas confondre annonce et autorisation définitive |
Pour un conducteur rural qui parcourt surtout des routes départementales, cette différence est essentielle. Une voiture Crit’Air 2 peut rester pratique pendant plusieurs années, alors qu’un véhicule plus ancien risque de devenir contraignant dès que les trajets réguliers passent par une métropole.
L’énergie utilisée pèsera davantage que le seul type de moteur
Le débat ne se résume pas au bruit du moteur. Il faut regarder l’ensemble du cycle de vie, la fabrication, l’énergie consommée, l’entretien et la durée de conservation du véhicule. En France, où l’électricité est relativement peu carbonée, une voiture électrique émet généralement beaucoup moins de CO2 sur l’ensemble de son cycle de vie qu’un modèle essence ou diesel comparable.
La batterie demande davantage de ressources à la fabrication, mais cet écart initial est progressivement compensé par l’absence de combustion au quotidien. Une voiture électrique n’émet pas de gaz d’échappement et possède moins de pièces mécaniques d’usure. Cela ne la rend pas parfaite, mais son bilan devient plus favorable à mesure qu’elle roule.
Pour l’énergie uniquement, RTE estime qu’en 2026 une voiture électrique parcourant 12 000 km par an peut coûter environ 360 euros d’électricité, contre 1 200 à 1 500 euros de gazole pour un véhicule diesel, selon les hypothèses de prix et de consommation. La recharge rapide sur autoroute ou l’absence de recharge à domicile peuvent toutefois réduire cet avantage.
Lire aussi : Vignette allemande - qui doit l’avoir et à quel prix ?
La recharge à domicile change complètement le calcul
Je constate que la question du coût est souvent mal posée. Ce n’est pas seulement « électrique ou thermique », c’est aussi où l’on recharge. Une prise ou une borne installée chez soi permet de profiter du tarif du domicile. Un conducteur dépendant des bornes rapides publiques paiera davantage et devra intégrer le temps d’arrêt dans ses trajets.
Pour une utilisation principalement urbaine ou périurbaine, l’électrique est souvent cohérent. Pour de très longs trajets fréquents, sans recharge privée, un modèle hybride ou thermique d’occasion peut encore être plus simple à vivre à court terme, même si sa valeur de revente et son accès aux ZFE sont moins prévisibles.
Faut-il encore acheter une voiture thermique maintenant
Il n’existe pas une réponse identique pour tous les conducteurs. Le bon choix dépend de la durée de détention prévue, du kilométrage, du lieu de résidence et de la possibilité de recharger. Une voiture thermique achetée en 2026 n’est pas forcément une mauvaise décision, mais elle doit être choisie avec un horizon réaliste.
- Achat raisonnable si le budget est limité, que le véhicule est fiable, peu gourmand et destiné à être conservé plusieurs années.
- Choix plus risqué si vous devez entrer régulièrement dans une grande agglomération ou revendre le véhicule rapidement.
- Diesel à étudier avec prudence pour les petits trajets, car les systèmes antipollution supportent mal une utilisation urbaine répétée.
- Hybride non rechargeable intéressant en ville et sur route, mais il reste soumis aux mêmes incertitudes réglementaires qu’un moteur thermique pour le marché du neuf après 2035.
- Électrique d’occasion pertinent si l’état de santé de la batterie, l’autonomie réelle et la possibilité de recharge sont vérifiés avant l’achat.
Pour moi, l’erreur la plus fréquente consiste à regarder uniquement le prix affiché. Il faut aussi estimer la valeur de revente, le coût du carburant, les restrictions de circulation et la disponibilité des pièces. Une voiture moins chère aujourd’hui peut coûter davantage si elle devient difficile à utiliser dans trois ou quatre ans.
Les solutions qui prolongent la mobilité sans repartir de zéro
Le marché de l’occasion restera central, car des millions de voitures thermiques continueront à circuler longtemps après 2035. Entretenir correctement un véhicule existant peut parfois être plus sobre que le remplacer immédiatement par une voiture neuve, surtout lorsque le kilométrage annuel est faible.
Le rétrofit électrique constitue une autre piste. Il consiste à remplacer le moteur thermique et certains éléments mécaniques par une motorisation électrique à batterie. Les véhicules concernés doivent notamment respecter des conditions d’âge et d’homologation. Le coût reste élevé et varie fortement selon le modèle, la batterie et l’installateur, mais la solution peut avoir du sens pour une voiture bien conservée ou difficile à remplacer.
Il ne faut pas non plus oublier les solutions de mobilité. Pour un trajet occasionnel en centre-ville, l’autopartage, le train ou le covoiturage peuvent éviter l’achat d’un second véhicule. Cette approche réduit les dépenses fixes et permet de garder une voiture adaptée aux trajets indispensables, plutôt que de chercher un modèle capable de tout faire.
Enfin, l’entretien et la conduite restent des leviers simples. Une pression correcte des pneus, une accélération souple et un véhicule régulièrement révisé réduisent la consommation, quel que soit le type de motorisation. Dans la transition énergétique automobile, ces gestes ne remplacent pas le changement technologique, mais ils produisent un effet immédiat.
Le meilleur choix dépendra surtout de votre usage en 2035
La voiture thermique ne sera donc pas interdite de circulation en France du jour au lendemain. Le changement concernera d’abord le renouvellement du parc neuf, puis progressivement les prix, les restrictions locales, l’offre de carburants et la valeur des véhicules d’occasion.
Si vous achetez aujourd’hui, posez-vous trois questions simples : combien de kilomètres parcourez-vous chaque année, où conduisez-vous réellement et pouvez-vous recharger facilement ? Ces réponses sont souvent plus utiles que les annonces générales sur 2035. Elles permettent de choisir une voiture qui restera pratique, économique et compatible avec vos trajets, même lorsque le marché aura largement basculé vers l’électrique.